Samuel Wexler/Musique/KAN

KAN

Un voyage de 105 minutes, en six mouvements. La bande originale du film que vous vous faites dans la tête.

105Minutes
6Mouvements
2022Première grande œuvre entièrement en solo
Pochette de l’album KAN par Morgan Mandala et Randal Roberts. Des rubans de couleur entrelacés traversent forêt, eau et ciel, avec les titres des six mouvements imprimés en haut.
Illustration de Morgan Mandala et Randal Roberts

Écoutez d’abord

Six mouvements. Lancez-en un et laissez-vous porter. Ouvrez-les pour d’autres extraits et l’histoire de chacun.

  1. I

    Paisible et
    méditatif

    Lo IntempestivoNi temps ni éternité

    Illustration de Lo Intempestivo, par Morgan Mandala et Randal Roberts.

    9 min

    Une pièce ambient et rêveuse, un violon riche dans un bain sonore résonnant.

    Toute l’histoire
  2. II

    Ancré et
    libre

    Wind Sings the Trees

    Illustration de Wind Sings the Trees, par Morgan Mandala et Randal Roberts.

    7 min

    Un duo contemplatif guitare et violon sur un paysage sonore vibrant et texturé, bourdonnant de vie.

    Toute l’histoire
  3. III

    Inspiré et
    émerveillé

    Tocando las Estrellas

    Illustration de Tocando las Estrellas, par Morgan Mandala et Randal Roberts.

    27 min

    Comme un tour du monde doublé d’un voyage dans le temps. J’ai lâché prise et je l’ai laissé raconter sa propre histoire : il va là où même moi je ne l’attendais pas.

    Toute l’histoire
  4. IV

    Plein d’énergie et
    de vie

    Rhythm of the Jungle

    Illustration de Rhythm of the Jungle, par Morgan Mandala et Randal Roberts.

    10 min

    Une fusion électronique et instrumentale percutante. Beats électroniques, rythmes latins, synthés qui s’envolent et cordes orchestrales, avec le violon porté par une basse profonde.

    Toute l’histoire
  5. V

    Émouvant et
    profond

    Lluvia AzulBlue Rain

    Illustration de Lluvia Azul, par Morgan Mandala et Randal Roberts.

    34 min

    Vous enveloppe toujours plus profondément dans des cordes luxuriantes et émouvantes, dans un flux en évolution constante. J’ai laissé l’histoire s’écrire seule, et ce n’est qu’après coup que j’ai commencé à en comprendre le récit. Le cycle complet de la mort et de la renaissance.

    Toute l’histoire
  6. VI

    Ressourcé et
    plein d’espoir

    Between Earth and Sky

    Illustration de Between Earth and Sky, par Morgan Mandala et Randal Roberts.

    15 min

    Léger, libre, lumineux. Transcendez le poids de ce monde, puis fondez-vous dans l’au-delà. La boucle se referme : il vous ramène à la naissance, pleine d’espoir et de mystère, de KAN.

    Toute l’histoire
Ou commencez par le début Écouter l’album sur Bandcamp

L’histoire

Plus qu’un album, une expérience. Six mouvements, 105 minutes d’une musique qui défie les genres, venue du cœur, pour le cœur.

  1. Comment écouter
  2. Les six mouvements
  3. La genèse de KAN
  4. Écouter en entier

Dans la symbolique maya, KAN représente l’abondance, la fertilité, la virilité, la maturation et la récolte.

La production de cette œuvre a été un immense processus de maturation, qui m’a permis de porter des fruits musicaux comme jamais auparavant. Je partage cette première grande récolte avec le profond désir de contribuer à une humanité qui mûrisse vers l’abondance intérieure et extérieure.

Chaque étape

J’ai mis énormément d’amour dans la création de KAN, et j’ai pris en charge moi-même chaque étape du processus. L’inspiration de cette musique est née sur la Riviera Maya, et je l’ai entièrement enregistrée à Mexico, où j’ai construit de mes propres mains mon premier studio traité acoustiquement, placé les micros, enregistré moi-même chaque élément, puis mixé le tout. Après dix ans à travailler avec d’autres, c’était la première œuvre de cette ampleur que je réalisais entièrement seul, avec un niveau de production professionnel.

Ce fut un immense processus d’apprentissage et de croissance, et je suis reconnaissant d’avoir eu l’occasion de le créer. Avec lui, je commence à rendre au monde ce que la vie m’a donné à neuf ans, quand elle a mis un violon entre mes mains. Je suis honoré d’apporter mon humble voix au riche héritage de la musique humaine, et d’être un instrument de l’esprit de la musique.

KAN, c’est en gros la synthèse de tout ce que j’ai vécu jusqu’ici, mise en musique.

Je ne suis évidemment pas impartial, mais je n’ai rien entendu de tout à fait semblable, et je parie que vous non plus.

Illustration du premier mouvement : des rubans bleus et orange balayant une pyramide de pierre à l’aube, avec les mots Lo Intempestivo.
I. Lo Intempestivo Morgan Mandala et Randal Roberts

Envie de vous sentir paisible et méditatif ?

Mouvement I 9 min

Lo IntempestivoNi temps ni éternité

Une pièce ambient et rêveuse, un violon riche dans un bain sonore résonnant.

Extraits
Le mouvement en entier Bandcamp Spotify Apple Music YouTube

Étiré au maximum

Je voulais quelque chose d’encore plus ambient et diffus que Wind Sings the Trees, alors j’ai étiré les accords au maximum. La même progression harmonique s’étire ici à l’extrême et vous enveloppe lentement dans un paysage sonore ambient et profond.

Illustration du deuxième mouvement : de grands arbres sur un ciel pâle, le vent dessiné en spirales, et les mots Wind Sings the Trees.
II. Wind Sings the Trees Morgan Mandala et Randal Roberts

Envie de vous sentir ancré et libre ?

Mouvement II 7 min

Wind Sings the Trees

Un duo contemplatif guitare et violon sur un paysage sonore vibrant et texturé, bourdonnant de vie.

Extraits
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La graine harmonique

Je me suis assis devant ma chambre à KAN Tulum avec ma guitare 12 cordes, tandis que le vent chantait dans les arbres de la jungle autour de moi. J’ai pris une grande inspiration, je me suis imprégné de la beauté de l’instant, puis, sans réfléchir, mes mains ont formé l’accord de Cmaj7 et j’en ai pincé lentement chaque note. J’ai écouté attentivement et savouré la résonance de la 12 cordes, chaque nouvelle note se fondant dans les autres, rejoignant la symphonie du vent et des arbres avant de s’éteindre lentement.

ÇA, pour moi, c’était KAN. C’était plein de beauté, d’espoir et d’émerveillement. J’ai continué à jouer, et le reste de la progression harmonique de Wind Sings the Trees en a découlé tout naturellement. Ces harmonies sont devenues l’une des graines musicales qui éclosent, chaque fois différemment, dans les six mouvements de KAN.

C’est le premier mouvement que j’ai écrit. Je savais que je voulais quelque chose de lent et de contemplatif.

Illustration du troisième mouvement : un mandala rayonnant d’étoiles et de pétales emplissant le ciel nocturne, avec les mots Tocando las Estrellas.
III. Tocando las Estrellas Morgan Mandala et Randal Roberts

Envie de vous sentir inspiré et émerveillé ?

Mouvement III 27 min

Tocando las Estrellas

Comme un tour du monde doublé d’un voyage dans le temps. Ce périple a sa vie propre. Il commence en douceur, puis prend des virages spectaculaires. J’ai lâché prise et je l’ai laissé raconter sa propre histoire : il nous emmène là où même moi je ne l’attendais pas. Une fusion de paysages sonores qui fait fi des genres. Une pièce à écouter vraiment, attentivement, du début à la fin.

Extraits
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L’espoir au cœur du désespoir

Mes mains et mes oreilles m’ont naturellement entraîné vers des harmonies qui s’assombrissaient, mais je ne voulais pas que la bande originale reste longtemps dans le noir. J’ai donc écrit une mélodie qui monte par en dessous pendant que l’harmonie continue de descendre, en mouvement contraire. Le but était d’apporter un peu de lumière à une section sombre, et que cette mélodie fonctionne aussi bien contre ces accords descendants que toute seule.

Les surprises que je n’avais pas anticipées mais que j’ai voulu laisser venir : le break de batterie, le chant en sanskrit, le moment psychédélique, la section mozartienne. Terminer ce mouvement a été un vrai déclic émotionnel, la première preuve que je pouvais aller au bout du projet.

Pour les musiciens : comment le thème de l’espoir est réharmonisé

La descente chromatique, et le thème qui s’élève à contre-courant

Ici, les harmonies de KAN prennent un rythme pour la première fois et évoluent vers de nouveaux horizons. La descente est chromatique, et le thème émergent monte contre elle en mouvement contraire.

L’espoir engendre l’espoir

Après avoir réussi à faire émerger ce thème ascendant au-dessus des accords qui descendent chromatiquement, j’ai eu très envie d’entendre ce que donnerait cette même mélodie, ascendante et pleine d’espoir, sur une progression d’accords d’un tout autre type, plus lumineuse. Au lieu de réenregistrer la mélodie pour chaque harmonisation, j’ai utilisé exactement le même enregistrement, pour montrer encore mieux à quel point le contexte peut transformer le ressenti d’EXACTEMENT la même mélodie, jouée EXACTEMENT de la même manière.

En entendant les nouveaux accords avec la mélodie, j’ai pensé à un quatuor ou à un quintette avec piano de Mozart, alors je me suis essayé à une section dans ce style. J’ai fini par avoir l’idée d’une troisième réharmonisation en mode mineur, qui a emmené la musique dans une autre direction. Je suis violoniste, et les enchaînements d’accords ne sont pas mon point fort : j’ai donc vraiment aimé m’y exercer, et voir la musique m’emmener vers des endroits inattendus.

Écoutez par vous-même. La mélodie du deuxième extrait est exactement le même enregistrement que celle du premier. Seule l’harmonie en dessous a changé.

Entre III et IV

Interdimensional Interlude

Il est né de façon organique quand j’ai commencé à jouer avec des sons à la fin de Tocando las Estrellas, et il est devenu sa propre exploration de paysages sonores : du pur design sonore, une tout autre manière d’agencer les sons.

Il repose l’oreille de la mélodie, de l’harmonie et du rythme, comme un trou normand après un mouvement aussi sinueux que le III, pour réécouter d’une oreille neuve les mouvements qui suivent. Il est né comme partie d’une seule pièce continue, et on peut aussi le passer : le III et le IV s’enchaînent très bien.

Illustration du quatrième mouvement : feuillage de jungle, champignons et une grande fleur épanouie sous des rais de lumière, avec les mots Rhythm of the Jungle.
IV. Rhythm of the Jungle Morgan Mandala et Randal Roberts

Envie de vous sentir plein d’énergie et de vie ?

Mouvement IV 10 min

Rhythm of the Jungle

Une fusion électronique et instrumentale percutante pour vous booster, vous faire danser et tout lâcher. Un mélange vivifiant de beats électroniques, de rythmes latins, de synthés qui s’envolent et de cordes orchestrales. Sentez l’élan de la basse profonde, avec des violons exquis qui planent par-dessus.

Extraits
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Une vraie batterie, dans une vraie pièce

Je savais que je voulais une pièce électronique plus entraînante. Les accords me sont venus facilement, tout comme la manière de passer d’une progression à l’autre. Tous les tambours que vous entendez sont de vrais tambours, enregistrés dans mon studio, pas des samples.

Pour les musiciens : les harmonies et le son de la batterie

Les harmonies s’élargissent

Dans le quatrième mouvement, les harmonies s’élargissent pour inclure la mineur, puis ne cessent de s’entrelacer avec les harmonies d’origine pendant tout le reste de la bande originale.

Placement des micros

J’ai expérimenté quatre placements de micros différents pour les pistes de batterie, et j’ai fini par préférer la largeur stéréo et le punch de la méthode Glyn Johns, en faisant de mon mieux pour exprimer le feeling et la créativité malgré mes limites techniques. Cualli m’a aidé à mixer ce morceau.

Illustration du cinquième mouvement : des vagues de pluie bleue s’enroulant les unes sur les autres, traversées de gouttes qui tombent, et les mots Lluvia Azul.
V. Lluvia Azul Morgan Mandala et Randal Roberts

Envie de vous sentir ému jusqu’au fond de l’âme ?

Mouvement V 34 min

Lluvia AzulBlue Rain

Il vous entraîne toujours plus profond dans des cordes luxuriantes et émouvantes, dans un flux en perpétuelle évolution, plein de surprises. On passe sans rupture de la contemplation profonde à l’inspiration soudaine. J’ai laissé l’histoire s’écrire d’elle-même, en me surprenant souvent en chemin, et ce n’est que plus tard que j’ai commencé à en comprendre le récit. Un instant vous êtes au fond du désespoir, puis sans vous en rendre compte vous avez traversé la nuit noire et émergé dans la douce étreinte d’une lumière nouvelle. Ce flux en perpétuelle évolution vous fait traverser tout le cycle de la mort et de la renaissance, et vous pousse à oser rêver d’une réalité harmonieuse.

Extraits
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Cordes doublées

Avant d’avoir la moindre idée musicale claire pour la bande originale, je pouvais déjà imaginer certaines des couleurs sonores que je voulais entendre. Je savais que les instruments à cordes doublées seraient une part importante du son global que je pressentais pour KAN, alors j’ai acheté une guitare 12 cordes et un ukulélé 8 cordes pour les ajouter à la mandoline et au charango que j’avais déjà. Je savais aussi que je voulais le son d’un handpan, alors j’ai acheté un tongue drum en acier en la mineur pour avoir ce son à un prix abordable.

La belle résonance de ces instruments à cordes doublées est au cœur du son de KAN, et l’un de mes passages préférés de toute la bande originale ne fait appel qu’à eux, dans Stepping Softly into the Promised Land. J’adore la délicatesse et la texture que forment ces quatre instruments en s’entrelaçant, chacun partageant certains aspects du son avec les autres, et pourtant distinct. J’aime aussi que le son plus soutenu et dramatique du violon se retire enfin, laissant une sensation d’espace.

Il y a aussi un moment manouche ici, une autre surprise que je n’avais pas prévue et que j’ai choisi de laisser venir.

Illustration du sixième mouvement : des rubans d’or, de rose et de bleu s’élevant du sol vers un ciel ouvert au-dessus des pins, avec les mots Between Earth and Sky.
VI. Between Earth and Sky Morgan Mandala et Randal Roberts

Envie de vous sentir ressourcé et plein d’espoir ?

Mouvement VI 15 min

Between Earth and Sky

Léger, libre, lumineux et plein d’espoir. Transcendez le poids de ce monde, puis fondez-vous dans l’au-delà. Il scintille et rayonne, et la boucle se referme : il vous ramène à la naissance, pleine d’espoir et pourtant mystérieuse, de KAN.

Extraits
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De Less Than Three à KAN

Avant que Sam Gordon ne me demande d’écrire la bande originale officielle de KAN, il m’a appelé un jour en disant qu’il lui fallait de la bonne musique originale pour une vidéo. À l’époque, je travaillais sur Between Earth and Sky comme composition de live looping pour mon album live Less Than Three. Je me suis dit que le caractère paisible et lumineux du morceau irait bien, alors je lui ai envoyé un enregistrement live que j’avais fait. Il a adoré : c’était parfait, m’a-t-il dit.

Plus tard, quand il m’a demandé d’écrire la bande originale de KAN, j’ai su que je voulais en faire une version studio enrichie, qui développerait la musique et la relierait aux autres idées musicales de KAN. J’ai vraiment aimé pouvoir réimaginer cette pièce sans les limites strictes que je m’étais imposées dans Less Than Three.

J’ai été tellement heureux de voir les dernières idées musicales se rejoindre à la fin de Between Earth and Sky, et conclure toute la bande originale de KAN comme elle avait commencé : en une spirale continue vers le haut.

La genèse de KAN

Notes de l’année qu’il m’a fallu. L’intention était de laisser la musique évoluer et s’écrire seule comme elle le voulait, et de ne pas la modeler selon ce que je croyais qu’ils voulaient.

  1. Sam m’a appelé
  2. Graines musicales
  3. Choisir la lumière
  4. Pourquoi enregistrer chaque partie moi-même
  5. Recontextualiser l’objectif
  6. En quoi je ne suis pas aussi incroyable qu’il n’y paraît
  7. Aller au bout
  8. De vrais instruments et le matériel

Sam m’a appelé

Samuel Gordon, fondateur de KAN Tulum, m’a appelé et m’a dit : « Nous voulons que tu écrives la bande originale de KAN, pour tout l’hôtel et pour nos vidéos. »

« Ce serait un honneur, ai-je répondu. Dis-m’en plus sur ce que vous cherchez. »

« On ne sait pas. C’est toi le musicien, on adore ce que tu fais et on te fait confiance. Fais ce que tu veux faire pour nous, comme tu veux le faire. »

Voilà bien le genre de commande dont rêve tout artiste. Je savais que je devais faire quelque chose de spécial, sans savoir encore quoi. Alors j’ai visité KAN Tulum et je me suis laissé inspirer par le lieu, l’architecture et l’intention d’un espace conçu pour coexister en harmonie avec la nature. Pendant cette visite, j’ai découvert les graines musicales qui allaient éclore pour devenir le voyage musical en six mouvements qu’est la bande originale de KAN.

Graines musicales

La graine harmonique est venue en premier, sur une guitare 12 cordes devant ma chambre à Tulum, le vent chantant dans les arbres. Cette histoire est racontée plus haut, sous Wind Sings the Trees.

Ensuite, j’ai voulu trouver une petite idée musicale, ce qu’en musique classique on appellerait un motif, pour représenter KAN. J’aimais l’idée d’attribuer une note à chacune des trois lettres. Je sentais que le A devait monter pour sonner plus ouvert, et que le N devait descendre pour donner un sentiment de conclusion.

Et après avoir trouvé la première progression d’accords, j’ai commencé à la jouer en fingerpicking, en rythme, et un même motif revenait sans cesse. C’est peut-être faute de polyvalence technique à la guitare, mais je me sentais ramené à ce motif rythmique chaque fois que je travaillais sur KAN, alors il est devenu l’idée rythmique centrale.

Pour les musiciens : les trois graines, par leur nom

La graine harmonique

Un Cmaj7, pincé note par note sur une 12 cordes. La progression qui en est née traverse les six mouvements : étirée au maximum dans Lo Intempestivo, rythmée pour la première fois dans Tocando las Estrellas, et élargie au la mineur dans Rhythm of the Jungle. La voici, au début de Wind Sings the Trees.

La graine mélodique

Trois notes qui dessinent ce premier accord de Cmaj7, une par lettre de KAN : si, do et sol. Le A monte pour être plus ouvert, le N descend pour conclure. C’est devenu l’une des idées mélodiques centrales développées tout au long de la bande originale.

La graine rythmique

Le motif de fingerpicking qui revenait sans cesse. En associant ce rythme au premier accord de Cmaj7, j’ai obtenu la deuxième idée mélodique centrale, qui apparaît partout dans KAN : dans le fingerpicking qui ouvre Tocando las Estrellas, dans Rhythm of the Jungle, et en bien d’autres endroits. C’est la plus difficile des trois à désigner dans un enregistrement, parce qu’elle est tissée dans l’ensemble au lieu d’être exposée seule, alors la voici sur partition.

La graine rythmique de KAN en notation.Le même rythme, écrit d’une autre manière.Un rythme, écrit de deux manières

Choisir de passer de l’ombre à la lumière

La première progression harmonique de KAN pose un choix simple : où voulons-nous arriver, à circonstances égales ? Elle commence de la même façon les deux fois. À mi-chemin, nous allons vers un accord mineur, qui apporte selon moi un sentiment de tristesse. La seconde fois, nous passons simplement au majeur, qui d’un coup ressemble au nouveau port d’attache, vrai et positif, de toute la bande originale.

Le but, bien sûr, n’est pas de forcer la positivité ni d’ignorer les peines de notre existence. Il s’agit de reconnaître que dans l’instant présent, ouvert à tous les possibles, avec la même histoire derrière nous, nous avons le choix de sombrer dans le désespoir ou de basculer vers une réalité harmonieuse.

Cela représente le choix que nous avons à chaque instant : ce sur quoi nous portons notre attention, ce que nous visons, et la réalité que nous choisissons de cultiver, intérieurement comme collectivement. Il se passe beaucoup de choses, et parfois cela peut sembler compliqué. Parfois, il suffit vraiment de choisir.

La musique reflète ce basculement. À chaque étape du parcours de la bande originale, nous pouvons arriver à cet accord de résolution en mi mineur ou en mi majeur. Les deux fonctionnent. C’est simplement un choix.

Composer avec mes faiblesses

La progression d’accords de KAN est relativement simple. Je suis avant tout violoniste : ma compréhension technique des enchaînements harmoniques est quelque chose que je continue de développer, mais je ne la considère pas comme ma force, ni comme quelque chose que j’aurais acquis naturellement au fil de mes études, comme un pianiste aurait pu le faire. Plutôt que d’y voir un obstacle, j’ai essayé de laisser mon ignorance ouvrir la porte à une découverte intuitive des harmonies. J’ai écrit la plupart des progressions à la guitare, en laissant mes mains expérimenter, aller à différents endroits sans savoir comment ça sonnerait, en gardant les accords que j’aimais, puis en utilisant mes connaissances en théorie musicale pour les analyser et les appliquer à d’autres instruments.

La laisser s’écrire d’elle-même

Je n’ai pas commencé avec une idée claire de sa durée, ni du nombre de mouvements. Il y a eu de grandes surprises que je n’avais pas anticipées mais que j’ai voulu laisser venir : le break de batterie, le chant en sanskrit, le moment psychédélique et la section mozartienne dans Tocando las Estrellas, le moment manouche dans Lluvia Azul. Et j’ai été tellement heureux de voir les dernières idées musicales se rejoindre à la fin de Between Earth and Sky, et conclure toute la bande originale comme elle avait commencé, en une spirale continue vers le haut.

Une chose de plus s’est écrite seule. J’ai accordé les cordes entre elles plutôt qu’avec un accordeur chromatique, et les changements de température désaccordent les instruments. La hauteur de la plupart des instruments est montée, encore et encore, au fil des mois, et j’ai corrigé ceux qui étaient plus bas pour les aligner sur le reste. La fin de la bande originale se situe environ trente cents plus haut que le début.

Pourquoi enregistrer chaque partie moi-même

Plutôt que d’enregistrer des professionnels spécialisés dans chaque instrument :

  • Pour voir ce que je pouvais accomplir entièrement seul, après des années de collaborations.
  • Pour progresser dans mes points faibles. L’enregistrement est un outil formidable pour mieux entendre les problèmes.
  • Pour détenir cent pour cent des droits.
  • Pour rester dans mon flux créatif personnel, sans avoir à écrire ni à confier les parties à d’autres. Pour enregistrer les parties que je voulais entendre à mesure qu’elles me venaient, et laisser la musique s’écrire seule.

Je savais que mes compétences au violon dépassent de loin mes capacités techniques sur tout autre instrument, mais j’estimais que mon niveau sur les autres suffisait pour ce dont la bande originale avait besoin. Je voulais voir ce que je pouvais faire entièrement seul, en enregistrant chaque instrument et chaque voix moi-même. Bien des fois, j’ai constaté que je n’étais pas assez bon sur l’instrument du moment pour exécuter l’idée musicale que j’avais en tête. Plutôt que de me décourager, j’ai fait appel à ma patience et j’ai choisi d’y voir une occasion de progresser.

Recontextualiser l’objectif

L’objectif de faire KAN pouvait se concevoir de bien des manières, et selon celle sur laquelle je me concentrais, elle me menait à un sentiment différent, un état intérieur différent, une motivation différente et une vision différente de là où j’allais. Cela a aussi influencé ma façon de le produire, jusque dans les choix musicaux et de production.

J’ai donc essayé d’éclairer toute la constellation d’objectifs contenue dans l’objectif de faire KAN, et de déplacer mon attention entre eux afin de rester positif, équilibré et aussi concentré que possible :

  • L’objectif était de créer une expérience musicale incroyable.
  • L’objectif était d’apprendre à créer une expérience musicale incroyable. Comment enregistrer, comment mixer.
  • L’objectif était de progresser sur chaque instrument.
  • L’objectif était de devenir quelqu’un qui termine ce qu’il commence.
  • Voir ce que j’étais capable de créer entièrement seul.
  • L’objectif était d’en découvrir davantage sur moi-même à travers le processus créatif.
  • L’objectif était de devenir un canal plus clair, à travers lequel l’inspiration et la créativité universelles peuvent circuler.
  • Livrer une bande originale qui convienne à KAN Tulum.
  • Affûter mon oreille.

Concrètement, cela marchait ainsi. Quand je n’arrivais pas à une prise propre d’une partie de guitare, viser « livrer un album de premier ordre » faisait de chaque frisement un échec, et dans cet état d’esprit, difficile de rester motivé. Recentrer sur « progresser sur chaque instrument » transformait ce même après-midi en exactement ce qu’il devait être. Le projet d’enregistrement devenait un outil au service de ma guitare.

Côté technique, c’était pareil. Tester quatre configurations de micros sur la batterie prenait du temps, et au regard de l’objectif de finir, cela ressemblait à un obstacle. Au regard de l’objectif d’apprendre comment créer une expérience musicale incroyable, comment enregistrer, comment mixer, comment choisir et régler un préampli, c’était l’objectif même. Je réussissais exactement ce que j’avais décidé de faire.

En quoi je ne suis pas aussi incroyable qu’il n’y paraît

KAN a sans aucun doute été une grande réussite, et j’ai été sincèrement étonné de ce que j’ai accompli. Je ne veux pas le nier. Mais je crois qu’il importe d’être transparent sur les points faibles plutôt que de ne montrer que la victoire.

  • Parfois des tonnes de prises pour en obtenir une bonne. Les prises de voix sont vraies, sans autotune ni retouche, mais elles manquent de régularité. Des frisements de guitare.
  • La guitare manouche a été enregistrée accord par accord. Poser la main sur un accord, enregistrer une minute, trouver la position de l’accord suivant, enregistrer une minute, continuer jusqu’à ce que tous les accords soient enregistrés, extraire les boucles qui sonnent le mieux pour chaque accord, assembler la progression. Un guitariste manouche professionnel l’exécuterait facilement, et même mieux, en une seule prise, mais je n’ai pas encore cette aisance.
  • Le piano est en MIDI. Je l’ai joué en direct, mais j’ai corrigé le MIDI en post-production quand c’était nécessaire. Au clavier non plus, je ne suis pas aussi à l’aise que je le voudrais.
  • De la quantification dans Lluvia Azul. Par moments, les rythmes imbriqués ne s’emboîtaient pas. Parfois je les ai réenregistrés, parfois je les ai ajustés en post-production.
  • De la correction de hauteur sur les instruments, et dans Dreams Become Reality un écart d’accordage entre la voix et les cordes.
  • L’aide de Cualli au mixage de Rhythm of the Jungle. L’aide de Chema au mixage de toutes les batteries, et en général.

Le sentiment que je ne finirais jamais rien

Il y a eu un vrai déclic émotionnel en terminant Tocando las Estrellas, et un autre plus tard, en terminant toute la bande originale. La pression extérieure de savoir que Sam comptait sur moi a beaucoup aidé à continuer de travailler jusqu’au bout. Tout comme la force d’une décision ferme : m’y tenir et continuer, jour après jour.

Avant KAN, je sautais souvent d’un projet à l’autre, laissant derrière moi une traînée de travaux inachevés, dont Less Than Three. J’avais terminé des œuvres plus petites, mais c’était la première fois que je menais un projet majeur jusqu’au bout, et me prouver enfin que j’en étais capable a changé ma vie.

Il est plus important de terminer un projet que de travailler au projet parfait.

Les déclics qui m’ont appris à finir ce que je commence : en vidéo et sur Substack.

De vrais instruments, pas des samples

Je voulais m’enregistrer en train de jouer de vrais instruments pour la plus grande partie possible de la bande originale de KAN. Par exemple, j’aurais facilement pu trouver un excellent sample de handpan ou de tongue drum, mais je voulais, autant que possible, y mettre ma touche humaine et personnelle, le réécouter et me souvenir de l’avoir enregistré de mes deux mains. Je voulais qu’il ne sonne pas simplement comme tous les autres morceaux qui utilisent un beau sample de handpan tiré d’une banque populaire, mais qu’il soit imprégné de son propre son : le son de mon studio construit à la main, le son des résonances naturelles nées des interactions entre les différentes fréquences dans le corps du tambour. Je voulais que ce soit vrai, même si le programmer aurait été plus simple.

Pour les passionnés de matériel : ce que j’ai acheté et pourquoi

Un bon rapport qualité-prix, quelques crans plus haut

Pendant l’essentiel de ma vie, j’ai été attiré par le matériel bon marché au rapport qualité-prix imbattable. C’est fascinant de voir la technologie musicale progresser, et j’adore voir quel son on peut obtenir pour si peu, avec tout le nouveau matériel qui sort sans cesse. Même en tant que musicien professionnel sérieux, je sentais, d’une certaine manière, qu’il était plus responsable d’acheter du bon matériel économique, puis de trouver des moyens créatifs et ingénieux d’en tirer le maximum, plutôt que de payer le prix fort pour du matériel haut de gamme de grande marque. Je me disais que si je pouvais obtenir quatre-vingts pour cent de la qualité pour vingt pour cent du prix, c’était plus responsable.

Mais pour KAN, ces vingt pour cent de différence de qualité me semblaient importants, alors j’ai décidé d’essayer un autre état d’esprit. J’ai réalisé que le matériel économique peut sonner étonnamment bien pour son prix. Mais tout de même, « pour son prix » n’est pas la même chose que « sonne étonnamment bien, point ». Et si je gardais mon amour du matériel à haute valeur, mais que je l’appliquais quelques crans plus haut ? Au lieu de payer cinquante dollars un micro qui sonne comme un micro à trois cents, pourquoi ne pas en dépenser trois cents pour un micro qui sonne comme un micro à mille cinq cents ?

Ce que j’ai réellement acheté

Une paire appairée de micros Stellar X2 et un Stellar X2 Vintage pour une autre couleur sonore, et j’ai presque tout enregistré avec, placés de différentes façons. L’interface audio a été une décision difficile, mais j’ai fini par faire quelque chose que je n’aurais jamais fait auparavant : acheter la marque de référence de l’audio prosumer, l’Universal Audio Apollo Twin X. Les bonnes interfaces économiques que j’avais avant m’avaient impressionné, mais après une comparaison A/B de configurations identiques sur différentes interfaces, j’ai été stupéfait de constater que l’UA sonnait vraiment bien mieux. L’investissement en valait absolument la peine, d’autant que Samuel Gordon m’en avait donné le budget. J’ai aussi remplacé mes enceintes de studio par une paire de Kali IN-5, tellement meilleures que la paire précédente.

Je n’avais pas le budget pour du haut de gamme partout, alors j’ai trouvé des instruments économiques de qualité correcte, fabriqué moi-même les panneaux acoustiques, et utilisé de l’écorce épaisse ramassée lors de mes randonnées en forêt comme diffuseurs acoustiques. J’ai identifié les endroits où investir dans du haut de gamme comptait le plus, et ceux où je pouvais réduire les coûts pour que tout fonctionne.

Écouter en entier

La bande originale de KAN vous invite à oser entrer dans une réalité harmonieuse.

Synchronisation et licences

105 minutes écrites pour porter une scène

KAN est instrumental, cinématographique et construit par ambiances, ce qui est l’essentiel de ce que cherche un superviseur musical. J’en possède tous les droits, alors une licence, c’est une seule conversation, pas cinq.

Commandes

KAN a commencé comme une commande

Un hôtel a appelé et m’a dit de faire ce que je voulais, comme je voulais le faire. Si vous avez un lieu, un film ou un projet qui a besoin de sa propre musique, dites-moi l’émotion que vous recherchez.

Crédits

Composé, interprété, enregistré, produit, mixé et masterisé numériquement par Samuel Wexler. Illustrations de Morgan Mandala et Randal Roberts. Commande de KAN Tulum à l’origine, il a ensuite pris vie par lui-même. Aide au mixage de Cualli sur Rhythm of the Jungle, et de Chema Davila sur la batterie, pour les retours sur le mix d’ensemble et le mastering analogique. Sorti le 17 mai 2022.